La colère d’un restaurateur hors la loi
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La colère d’un restaurateur hors la loi


couvre-feu restaurant

Lille, le 22 décembre 2020. Joseph Bouet est gérant de ’La Diff’, un snack de vente à emporter, à Lille Moulins. Cet homme de 33 ans, père de quatre enfants, propose une restauration rapide à sa clientèle. Situé à proximité de la faculté de droit et à deux pas de plusieurs collèges il prépare des menus à deux euros pour les étudiants. Les habitants du quartier viennent aussi acheter des plats.

« Autant mourir la tête haute ! »

Portrait d'un restaurateur dans sa cuisine

« Nous avons fait des efforts pendant les deux confinements pour participer à la guerre contre le covid19 », déclare Joseph Bouet. « Si bien qu’actuellement nos finances se portent mal. Il n’est donc pas envisageable de respecter le couvre-feu et fermer à 20 heures ! Nous réalisons l’essentiel du chiffre d’affaire entre 20 heures et minuit. On nous dit de faire de la livraison à domicile mais je n’ai pas les moyens financiers d’en organiser la logistique. Je ne peux pas non plus rétrocéder 30% des bénéfices à ‘Uber Eats’ ou ‘Deliveroo’ ».

Le restaurateur a été convoqué par la police ce lundi 21 décembre 2020 dans un but préventif. Il a été prévenu de la fermeture administrative et des amendes sévères qu’il risquait. « Ils feront leur travail, moi je fais le mien », affirme Joseph Bouet. « Que je respecte ou non la loi, je ferai faillite, alors autant mourir la tête haute ! ».

La colère monte

Le seuil de rentabilité du restaurant lillois est de 350 euros par jour. Il faut payer les charges fixes, les salariés et l’achat de marchandises. Une fermeture à 20 heures impliquerait un chiffre d’affaire journalier de 150 euros par jour, ce qui n’est pas tenable, selon le professionnel.

« Veulent-ils nous détruire, ou ne sont-ils pas conscients de la situation ? », se demande Joseph Bouet. « Ils pourraient consulter les syndicats et les gens de terrain. En ce qui me concerne j’essaye de motiver les troupes pour que les collègues faisant actuellement faillite se révoltent  ». Joseph exprime sa colère sur Facebook et crée un mouvement national de protestation appelé « les Jean Valjean  ». Une pétition va suivre. Les revendications sont : une ouverture jusqu’à 24 heures, une prise en charge des frais fixes payés cette année, l’autorisation d’une ouverture 24h/24 pour se refaire une santé financière si l’Etat ne peut pas payer. Le restaurateur constate que « la liberté de travailler a disparu » en cette période troublée. « Où est l’égalité ? », se demande-t-il en évoquant les avantages donnés aux grosses chaines de restauration, comme les drive-in de Mac-Donald autorisés à fermer à 21h. « La fraternité !  », s’exclame t-il, « je croule sous les dettes et personne ne vient à mon secours. Le gouvernement ne m’exonère pas de charges, je reçois une aide journalière de 32 euros !  ».

Une cuisinière prépare des boulettes de viande

« J’ouvrirai jusqu’à minuit, même si je dois aller en prison, mon paquetage est prêt et ma famille est au courant  », déclare Joseph Bouet. La clientèle est bien présente le soir, et parfois les gens, dans certains restaurants du quartier, mangent sur place en compagnie d’officiers de la police nationale  », conclut-il ironiquement.

Texte et photos : Guy Leroy


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