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Débris de vie le long du mur de l’aéroport d’Abidjan

Abidjan (Côte d’Ivoire) - février 2020. Début janvier un jeune clandestin ivoirien mourrait après avoir pris place dans le train d’atterrissage d’un avion d’Air France. Suite à ce tragique événement, le gouvernement de Côte d’Ivoire a mis en place un vaste programme de démolition des habitations sauvages à la périphérie de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny à Abidjan.
Cette mesure concernait de nombreux villages. Certains ont perdu tous leurs biens dans des opérations chocs d’expulsion et de destruction. D’autres ont fui par précaution.
L’ambiance qui règne à Adjouffou est sinistre. De nombreux logements ont été « décoiffés » par leurs propriétaires partis aussi avec portes et fenêtres. La plupart des locataires, démunis, restent dans l’attente de leurs cautions. Faute d’argent, et de place, ils ne peuvent déménager.

« Les locataires se sont retrouvés complètement démunis »
Pourtant, l’Etat a fermé les compteurs d’eau et d’électricité. La population s’accroche aux pans des murs encore debout mais craint pour sa sécurité et vit dans un village fantôme où les souvenirs s’éparpillent aux quatre vents…
A Abouabou, ce sont de petites exploitations qui ont été rasées.
Dans le quartier de l’Aérocanal, le 23 janvier 2020, des militaires accompagnés de bulldozers ont lancé une vaste opération pour établir une zone tampon de 200 mètres autour du mur d’enceinte. Ici, plusieurs milliers de personnes, en majorité burkinabais, vivaient dans des maisons précaires sans eau ni électricité. La plupart n’ont pas résisté à l’assaut des engins de chantier laissant place à un amas de tôles et de poutres de bois. Seuls quelques terrains agricoles et un parc à bœuf ont résisté.

Pas de soutien financier
Pour M. Hino, le chef du village, plus de 1700 familles sont sinistrées. « Personne ne nous avait informés. Au départ, seule la localité d’Adjouffou était concernée. Les propriétaires ont fui, emportant portes, toits et même les compteurs d’eau ou d’électricité. Les locataires se sont retrouvés complètement démunis. » Sans prévenir, les autorités ont marqué certaines maisons de l’Aérocanal avant d’intervenir quelques jours plus tard. « Nous avons été surpris. Quand ils sont revenus, ils n’ont pas respecté la zone tampon. À certains endroits ils ont rasé sur plus de 400 mètres ! » Beaucoup ont quitté le quartier espérant trouver une place ailleurs. Mais toute la ville est saturée et trop chère. Ceux qui restent dorment entre des murs sans porte ni toit ou fabriquent de petits hangars de fortune avec quelques matériaux trouvés par terre, pour protéger les matelas et les affaires de la pluie.
Les sinistrés n’ont reçu pour l’heure aucune indemnisation. Ils sont anéantis souvent désorientés et se sentent en insécurité. La plupart n’ont plus qu’une idée en tête : mettre en sécurité leur famille et les affaires qu’il leur reste, mais pour cela, ils ont besoin d’un soutien financier qui tarde désespérément à venir.

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