Cancer du sein : une surmortalité inévitable ?
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Cancer du sein : une surmortalité inévitable ?


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La clinique de la victoire

Depuis le début de la crise sanitaire, le bouleversement du fonctionnement du système de santé dans une clinique de Tourcoing a entraîné des retards de diagnostic pour les patientes atteintes de cancer du sein. A l’échelle du pays, on évoque une surmortalité de 2 à 5% par cancer dans les cinq prochaines années.

Tourcoing, clinique de la Victoire, le 16 décembre 2020. Les mesures sanitaires mises en œuvre depuis le mois de mars pour lutter contre la pandémie de covid19 perturbent le fonctionnement du système de santé. Dès le début du premier confinement de 2020 l’organisation du système de santé de la clinique de la Victoire à Tourcoing s’est trouvé bouleversé. Ce bouleversement implique-t-il une réelle perte de chance pour les patientes atteintes d’un cancer du sein ?

La peur allonge les délais de prise en charge
« Les délais pour une première consultation sont inférieurs à une semaine. Mais en avril dernier l’activité du cabinet a chuté de 50% car les patientes annulaient leur rendez-vous. La peur d’être contaminé par le covid19 était présente dans les esprits », déclare le docteur Thérèse Leroy, chirurgien spécialisé en sénologie (traitement des pathologies du sein). Le docteur Vincent Loiselle, radiologue au centre de mammographie de la clinique, ajoute : « J’ai vu des femmes perdre trois mois pour le diagnostic mammographique d’un cancer pendant le confinement de ce printemps ».

Une activité réduite pendant le premier confinement
Lors du premier confinement, une partie du personnel et du matériel est réquisitionnée pour la gestion de la crise sanitaire. La clinique est fermée pendant quatre semaines. Les pathologies mammaires bénignes sont déprogrammées. « La chirurgie des cancers a été délocalisée dans une clinique voisine  » ajoute Thérèse Leroy. « Cette chirurgie était parfois décalée et précédée d’une hormonothérapie, selon les recommandations des sociétés savantes  ». Le docteur Vincent Loiselle explique que « lors du premier confinement l’activité du cabinet radiologique s’est poursuivie à un rythme très réduit. Nous assurions uniquement les urgences, les surveillances de cancer et les contrôles d’anomalies. Les mammographies de dépistage pour les femmes sans symptômes ont été arrêtées rapidement à la demande de la structure de gestion  ».

« Le deuxième confinement ne s’est pas du tout passé comme le premier »
Le radiologue poursuit : « Le deuxième confinement, mis en place le 29 octobre 2020, ne s’est pas du tout passé comme le premier. En mars les gens avaient peur de venir, le message des autorités de santé était : “restez chez vous !”. En novembre les patientes ont compris qu’elles devaient continuer les examens de prévention et nous travaillons normalement ».
Mais le docteur Vincent Loiselle met en garde. « Actuellement le dépistage du cancer du sein chez les femmes non symptomatiques pourrait poser un problème. Le risque serait que certaines femmes devant faire leur mammographie de dépistage au printemps dernier décident de ne pas la faire maintenant et la reportent au prochain contrôle dans deux ans ». Le médecin se montre cependant rassurant : « je pense que la structure de gestion est consciente du problème et envoie des relances aux patientes ».

Les effets délétères du covid19
Le docteur Thérèse Leroy renchérit : « Je constate actuellement une augmentation du nombre de tumeurs volumineuses. En effet, certaines patientes présentant un symptôme en mars sont venues consulter en septembre, après l’été ! », constate le chirurgien. « Un retard de prise en charge de plusieurs mois entrainera une surmortalité dans les années à venir. Mais pour l’instant rien n’est chiffré avec exactitude », conclut-elle.
Pour l’année 2020, il est encore impossible de donner une évaluation précise de cette surmortalité. L’institut Gustave-Roussy (centre de lutte contre le cancer à Villejuif) projette "une augmentation de la mortalité par cancer de 2 à 5% dans les cinq prochaines années".

Une consultation de cancérologie avec le chirurgien. Une intervention chirurgicale. Chirurgien et ses aides dans un bloc (...) Un radiologue devant les écrans interprète une mammographie. Portrait d'une femme chirurgien cancérologue (Thérèse Leroy).

Texte et photos : Guy Leroy


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