Brexit : la pêche touchée mais pas coulée
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Brexit : la pêche touchée mais pas coulée


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L’accord sur le Brexit, entériné in extremis la semaine dernière, pourrait avoir des répercussions jusque dans nos poissonneries à partir du 1er Janvier. Les eaux territoriales du Royaume-Uni prisées par les pêcheurs européens resterons accessibles, mais sous conditions.

Retour de pêche en Bretagne Nord

En Manche, la bataille navale est écartée. La pêche n’est plus un des points bloquants de l’accord de sortie de l’Union Européenne en cours de finalisation. Les diplomates européens peuvent se féliciter aujourd’hui de conserver un large droit de pêche en territoire Britannique. Sur ce point, l’accord peut être considéré comme une victoire, au vu des annonces des semaines précédentes. Boris Johnson martelait ainsi un "contrôle total des côtes" et la Royal Navy se disait "prête à défendre ses eaux" contre les envahisseurs en bottes et cirés !

Cependant, cet accord implique quelques concessions. Parmi elles, la rétrocession à la couronne d’ici 2026 d’un quart des quotas de pêche initiaux. Ce manque à gagner sera partiellement compensé en France avec une aide pouvant atteindre 30 000€ pour les pêcheurs et mareyeurs, a annoncé dans la foulée la ministre de la mer Annick Girardin. Mais les coûts seront-ils aussi répercutés sur le consommateur ?

Détail du prix du cabillaud sur un étal de poissonnerie

Rappelons que le Royaume-Uni est bordé de quatre zones de pêches telles que définies par la FAO (Food and Agriculture Organisation - Autorité internationale sur les questions de pêche et d’aquaculture, ndlr). Manche et mers celtiques, Ouest Ecosse et Mer du Nord sont connues pour être toutes très poissonneuses. Il suffit de scruter les étiquettes de la poissonnerie en bas de chez soit (sur lesquelles l’affichage de la zone et de l’engin de pêche est obligatoire depuis 2014), pour se rendre compte que les français s’y servent allègrement. Entre 40 et 80% des prises, selon les périodes. Ce chiffre pouvant monter jusqu’à 90% pour nos voisins belges.

Vendeur en poissonnerie derrière son étal

La préservation de la ressource, grande perdante du Brexit ?

Le poisson, ce rebelle natatoire, se contre-fiche des frontières et de la géopolitique de poissonnerie. Des études de L’IFREMER (Institut Français de Recherche et d’Exploitation de la MER), le démontrent scientifiquement. Ainsi, certaines espèces viennent prospérer dans leur jeunesse sur les côtes françaises : les bancs de sable et récifs rocheux peu profonds y offrent des écosystèmes dits de ’nurserie’. Repus et adultes (comprendre ici : pêchables), les poissons entament alors une phase dite ’pélagique’ plus au nord, dans les profondeurs de la mer d’Irlande notamment. C’est le cas notamment du sprat, du maquereau, du chinchard. D’autres espèces, sensibles aux réchauffement des eaux (+0,5 degré par décennie en Manche-mer du Nord depuis 1980) ont également tendance à se déplacer petit à petit vers le nord, tel le hareng.

Ces circuits migratoires impliquent un besoin de suivi des stocks inter-pays afin d’assurer la pérennité de la ressource. Le Cabillaud par exemple, est actuellement sur-pêché en manche et nécessite des efforts bilatéraux de conservation. Les britanniques sortirons au 1er janvier de la Politique Commune de Pêche, et donc des quotas imposés par Bruxelles. Qu’en sera-t-il de la pression de pêche sur les stocks anglais demain ? Une seule disposition de l’accord sur le Brexit pourrait faire office de garde-fou : le retour des taxes à l’export en cas de divergence importante des les normes environnementales, sociales ou fiscales.

Bateaux dans le port de pêche du Guilvinec en Bretagne Sud

Un autre effet collatéral pourrait se faire ressentir outre-manche. Le Royaume-Uni cotisait à hauteur de 5% au FEAMP (Fond Européen des Affaires Maritimes et de la Pêche). Bien que le pays récupère cette mise, les pêcheurs, gestionnaires d’aires marines protégées, associations de préservation de l’environnement et services maritimes britanniques, ne pourront quant à eux plus bénéficier de cette enveloppe conséquente (6.5 milliards d’€ sur la période 2014-2020). Malgré une Europe réduite, ce fond a été revue à la hausse de 500 millions en Juin dernier par la Commission Européenne, pour les pays restant.

Sources :
 Ifremer, bilan pêche espèces 2018- https://wwz.ifremer.fr/content/download/124502/file/CP_halieutique_ifremer.pdf
 DCSMM - distribution spatio-temporelle espèces pêchables https://dcsmm.milieumarinfrance.fr/content/download/5168/file/MMN_EE_28_Populations_petits_pelagiques.pdf
 Fond FEAMP : ; https://www.touteleurope.eu/actualite/le-fonds-europeen-pour-les-affaires-maritimes-et-la-peche-feamp.html


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