Un hectare vingt en agriculture bio, le pari d’Aurélien
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Un hectare vingt en agriculture bio, le pari d’Aurélien


agriculture biologique agroforesterie

Peu de personnes s’engagent sur une exploitation de moins de deux hectares, au milieu des plaines ardennaises. Aurélien Henriet, extérieur au milieu agricole, s’est lancé ce défi. Il s’installe agriculteur et créé sa ferme maraîchère au hameau de Corny-la-Cour, près de Rethel (Ardennes). Son but est de vendre en circuit court ses productions. Un pari réfléchi et mesuré qu’il décide de prendre avec sa compagne Manon, en juillet 2020.

Aurélien Henriet est technicien de l’Office national des forêts (Onf). Il arpente les bois et les propriétés ardennaises depuis 10 ans. Sa mission, assurer une gestion durable des forêts domaniales de l’État et des collectivités territoriales de son secteur d’affectation.
Depuis quelques années, au sein de l’Onf, le jeune technicien ne retrouve pas les raisons pour lesquelles il est entré dans cette institution : celles de préserver la biodiversité des milieux forestiers, de conseiller à la gestion durable des forêts. Face à ce désaccord personnel, il demande une adaptation de sa mission et obtient un poste à mi-temps avec de nouvelles fonctions. Cet aménagement va lui permettre de réaliser son projet de vie.

Un engagement familial
Avec sa compagne Manon, ils souhaitent fonder une famille. Le projet familial impose au couple de quitter le petit appartement de fonction de l’Onf dans lequel ils vivent. Trop petit, il ne pourrait accueillir l’enfant qu’ils décident d’avoir. Une maison avec terrain serait idéale. Aurélien y réaliserait ses productions. Le lieu est trouvé, une fermette ardennaise proche de Rethel dans le Sud des Ardennes : La ferme de Corny la Cour

Au plus près de la nature
« A titre amateur, je faisais déjà des productions légumières, je ne voulais pas devenir un agriculteur spécialisé car c’est la voie de l’intensification. Il n’était pas question pour moi de choisir ce système », explique Aurélien. « Sur une petite surface, avec les légumes, on produit de petites quantités. Il est possible d’échelonner la production et les proposer localement à la vente », ajoute-t-il.
Son projet repose sur une agriculture biologique en agroforesterie (où cultures, arbres et élevages forment un écosystème favorable aux productions végétales). Les caractéristiques de la « fermette » sont très différentes de celles des systèmes intensifs ardennais. L’essentiel de sa production sera le maraîchage et la production de fruits. Son petit cheptel, composé d’une dizaine de moutons et quelques poules, est une composante essentielle du principe agro-écolgique développé par Aurélien. Les animaux participent au recyclage des déchets organiques et apportent naturellement les engrais pour son potager.

agriculture bio-installation_JML

Depuis juillet 2020, date de la création, le chiffre d’affaire est encore insuffisant pour payer les charges. Dans son plan d’investissement, quatre-vingt dix mille euros sont budgétisés pour l’achat de serres, semences et plants, cheptel et arbres fruitiers.

Montage des serres de la ferme

Pour la vente, Aurélien est partisan des circuits courts. « Pour être rentable, il ne suffit pas de réduire les marges des revendeurs intermédiaires, il faut également compter le temps passé et les pertes de récoltes en cas d’invendus », argumente Aurélien. Il distribue ses produits auprès de ses clients sur le principe de la vente à emporter. Avec des points de rendez-vous définis et regroupés. Ainsi, le jeune maraîcher optimise sont temps. « Sur un marché, cinq heures de présence avec une probabilité de ventes très aléatoire, ce n’est pas rentable », renchérit Aurélien. Les réseaux reste à développer. Pour cela, il développe des partenariats avec d’autres producteurs voisins, ainsi par réciprocité le nouvel agriculteur augmente son offre et élargie progressivement sa zone de chalandise. Internet est également un outil indispensable. « Avec une plateforme de réservations et de commandes à distance, je prépare les paniers en fonction de la demande. Il n’y pas de surproduction de récolte », explique-t-il. « Lorsque je les rencontre, les clients me confient leurs préférences à consommer des produits de saison, de qualité et avec moins de traitements appliqués », complète l’agriculteur.

Noix d'une ferme ardennaise

Ses référents à l’installation agricole du département, tels que les services comptables de la chambre d’agriculture, banques, l’ont aidé dans ses raisonnements. « Peu habitués à ce type de projet, ces organismes ont toutefois eu quelques difficultés à estimer un compte prévisionnel pour mon type d’exploitation. Quant aux banques plus favorables aux systèmes productivistes se montrèrent les plus réticentes », expose Aurélien un peu aigri.

Un pari aux risques mesurés
Cela n’émousse pas l’espoir et la volonté du jeune couple à poursuivre leur projet. Leur objectif est bien évidemment de rembourser mais aussi de se rémunérer. Selon les prévisions comptables le couple devrait être à l’équilibre en un an. « C’est vrai, c’est un pari ambitieux. Mais je garde pour le moment mon mi-temps à l’Onf et Marion conserve également son travail d’éducatrice spécialisée, le temps qu’il sera nécessaire  », confie Aurélien. « Il reste encore du travail surtout pour développer les réseaux de ventes, mais nous préférons être prudents avant de chercher à se salarier trop vite », complète le jeune entrepreneur.

Texte et Photos : Jean-Marie Leclère


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