Des étudiants s’organisent contre la précarité
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Des étudiants s’organisent contre la précarité


aide alimentaire étudiants Précarité

Pour faire face à la précarité grandissante des étudiants, le Collectif Solidarité Etudiante basé à Lyon organise chaque weekend une distribution de produits de première nécessité. Chaque semaine, étudiants et professeurs se réunissent pour organiser une épicerie solidaire : produits laitiers, boîtes de conserve, produits frais, café, féculents et produits d’hygiène sont distribués aux étudiants les plus précaires.

Suite à la crise sanitaire, les soirées étudiantes ont laissé place à l’isolement, et le confinement à une plus grande précarité étudiante. Un tiers de ceux qui exerçaient un travail rémunéré ont vu leur activité s’arrêter suite au premier confinement. Pour ceux en recherche d’un job étudiant, la mission s’est révélée impossible face à une offre quasi-inexistante.

« J’ai pu mettre de côté avec un boulot que j’ai trouvé cet été. Je pensais quand même pouvoir travailler sur l’année à côté de mes cours pour ne pas puiser dans mes économies, mais c’est impossible », se désole Maria, étudiante en master 1 à l’université Lyon 3. Le planning de plus en plus fluctuant n’aide pas non plus. « L’emploi du temps est difficile, et il n’est jamais sûr : ils peuvent rajouter des cours d’une semaine sur l’autre ». Pour les derniers boulots encore réalisables tel que le babysitting, ce n’est pas conciliable.

Selon l’enquête de l’OVE, cette perte de revenu a un impact direct sur les dépenses alimentaires des étudiants.

CATHERINE ET CHRYSTELLE DU COLLECTIF SOLIDARITE ETUDIANTE

Sur ce constat, lors du premier confinement au printemps 2020, des professeurs et étudiants d’une université de Lyon se sont réunis à l’initiative de Catherine Fillon et Christelle Gazeau pour fonder le collectif Solidarité étudiante.

TRANSPORT DE VIVRES POUR ETUDIANTS EN SITUATION DE PRECARITE

« Au début, c’était une idée comme ça. Mais quand l’épicerie solidaire de l’université a fermé suite aux décisions gouvernementales, on a décidé de faire des livraisons directement à la porte des étudiants dans le besoin », explique Lucie, étudiante bénévole. « Ce sont des amis qui sont à côté de nous en amphithéâtre : c’est dur quand on s’en rend compte. Je me suis dis que je devais faire quelque chose ».

Aujourd’hui, le collectif organise des weekends de distribution de produits de première nécessité à travers une véritable épicerie solidaire, accueillie là où elle le peut.

TRANSPORT DE VIVRES POUR ETUDIANTS EN SITUATION DE PRECARITE

Ce weekend était le jour d’un nouveau déménagement. Une chaîne humaine s’est alors créée de la cave au camion pour transporter les produits dans leur nouveau logement.

NOUVEAU LOCAL POUR LA DISTRIBUTION DE PRODUITS ALIMENTAIRES POUR ETUDIANTS (...)

C’est aujourd’hui au tour de la mairie de Lyon 7e d’ouvrir leurs portes du local de la rue Ravier.

DISTRIBUTION DE PRODUITS ALIMENTAIRES POUR ETUDIANTS EN SITUATION DE (...)

Initialement utilisée comme lieu culturel, la salle a été totalement transformée et utilisée pour organiser la venue des étudiants dans le besoin.

ORGANISATION D'UNE DISTRIBUTION DE PRODUITS ALIMENTAIRES POUR ETUDIANTS (...)

Toute la matinée, les déchargements se succèdent : après la Banque alimentaire, c’est au tour des Quatre Saisons. Producteurs locaux, ils ravitaillent quant à eux en produits frais.

ORGANISATION D'UNE DISTRIBUTION DE PRODUITS ALIMENTAIRES POUR ETUDIANTS (...) ORGANISATION D'UNE DISTRIBUTION DE PRODUITS ALIMENTAIRES POUR ETUDIANTS (...)

Les étudiants et professeurs, tous bénévoles, s’activent et se relaient pour assurer le déchargement, l’organisation du circuit, la vérification des dates de péremption, le comptage des stocks et la déchèterie.

Certains bénéficiaires sont même devenus bénévoles. C’est le cas de Cynthia, originaire de Polynésie française. « L’année dernière, j’avais une bourse et ma mère qui m’aidait financièrement. Mais tout a été compliqué pour elle à partir du premier confinement et j’ai perdu la bourse d’Etat au début de l’année scolaire. Avec le Covid, je n’ai pas trouvé de boulot. J’ai pu bénéficier des paniers alimentaires ce qui m’a beaucoup aidé ».

« Les plus atteints, ce sont les étudiants internationaux qui viennent hors programme Erasmus, sans bourse. Ils n’ont aucune aide », explique Catherine. La cible du collectif est ainsi représentée par 75% d’étrangers. Pour autant, elle dénombre également de plus en plus d’étudiants français dont les parents, impactés par la crise, ne sont plus en mesure de soutenir leurs enfants.

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Une « recyclerie » est également mise à disposition, principalement alimentée par les dons.

ORGANISATION D'UNE DISTRIBUTION DE PRODUITS ALIMENTAIRES POUR ETUDIANTS (...)

« Nous sommes riches aujourd’hui », se réjouit Catherine. Grâce aux palettes européennes de la Banque alimentaire, ils ont pu récupérer du sucre et de la farine, et cela faisait longtemps. Les bénévoles s’en amusent : « il n’y aura pas assez de place ». Heureusement, un lieu de stockage est mis à leur disposition.

Entre la Banque alimentaire, les producteurs locaux, les dons, les subventions et les entreprises, les stocks sont pleins. Le weekend dernier, trois tonnes de produits ont été donnés.

UNE ETUDIANTE EN SITUATION DE PRECARITE PROFITE D'UNE DISTRIBUTION DE (...)

L’aide est toutefois minutieusement organisée. Les étudiants dans le besoin s’inscrivent via internet, cela dans le but de limiter le nombre de personnes présentes. L’espace étant grand, 35 étudiants sont attendus par heure.

UN ETUDIANT EN SITUATION DE PRECARITE AVEC UN COLIS ALIMENTAIRE

Avec une carte étudiante et une attestation sur l’honneur de reste à vivre de moins de 200 euros par mois, les étudiants repartent avec un sac rempli.

ORGANISATION D'UNE DISTRIBUTION DE PRODUITS ALIMENTAIRES POUR ETUDIANTS (...)

Pour autant, les quantités sont limitées. Les accompagnateurs bénévoles indiquent à chacun le choix qui s’offre à eux : un kilo de pâtes, de riz ou de couscous ; du chocolat, du café ou du thé. Et ainsi de suite.

Mais le collectif ne s’arrête pas aux problèmes financiers. Désormais, en plus d’apporter une aide matérielle, il apporte une aide psychologique avec des psychologues bénévoles, ainsi qu’une aide affective via des parrainages.

Texte et photos : Sarah Mangeret


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